Les gros mots de David Descôteaux ne changent rien à la réalité

Dans une récente chronique sur le site Argent, David Descôteaux fustige les gouvernements de cinq États européens qui « pillent les fonds de retraite publics et les REER des citoyens pour soutenir leur État-providence au bord de la faillite. » Ces pays sont la Hongrie, la Bulgarie, la Pologne, l’Irlande et la France. N’étant ni comptable, ni fiscaliste, ni économiste, je peux difficilement juger de la valeur de cette accusation. Toutefois, je peux lire, et constater que la situation est plus complexe que ce que ne laisse entendre l’angle sensationnaliste pris par Descôteaux.

Prenons le cas de la Hongrie. C’est un gouvernement ultra conservateur qui a décidé de renverser la vapeur, en mettant fin au deuxième pilier du régime public de retraite des Hongrois, les 19 caisses privées de retraite. Alors que le régime public fonctionne par répartition, ce deuxième pilier, introduit en 1998, fonctionne par capitalisation. Avant 1998, le régime public était entièrement géré par l’État, un peu comme l’est le Régime de retraite du Québec (RRQ). À compter de cette année-là, le nouveau système mixte répartition/capitalisation faisait son apparition.

Le problème, c’est que le gouvernement Hongrois avait ainsi renoncé à des sommes importantes, ce  qui a rendu plus difficile l’équilibre budgétaire. Le contexte de la crise économique n’a pas arrangé les choses.

Par ailleurs, les régimes de retraite par capitalisation sont risqués. Le gouvernement Hongrois défend même sa décision de retourner au public les fonds détenus dans le secteur privé par le fait que  «le régime par capitalisation est trop instable, qu’il n’apporte que très peu de sécurité aux travailleurs et qu’il est aux mains de vautours dont le seul but est l’enrichissement rapide et colossal.» (Hongrie : Vers un régime par répartition ?)

En fait, tout le problème est là.

La Hongrie et la Pologne, sous la pression de l’Union européenne, ont introduit des réformes qui ont fait en sorte de lier une partie des pensions versées par leur régime public aux rendements des marchés financiers (caractéristiques du régime Hongrois et du régime Polonais). En Pologne, l’introduction de Fonds ouverts de pension (OFE) à cette fin a même contribué à augmenter de façon importante l’endettement public (Pologne : la domination des fonds de pension).

Descôteaux ne dit pas non plus que le gouvernement Hongrois veut introduire un régime d’impôt à taux unique de 16%. Avec un tel régime d’impôt, on l’imagine, ce gouvernement va se priver d’importants revenus. Pas étonnant alors qu’il ait pensé à utiliser les sommes accumulées dans la caisse publique et dans les caisses privées de retraite pour financer les dépenses de l’État.

Au bout du compte, les plus riches parmi les Hongrois auront plus de sous à mettre de côté pour leurs vieux jours.

Que disait Yvon Deschamps déjà?

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