Fascinante, l’industrie du sondage. Quelqu’un, quelque part, a compris à quel point la célèbre phrase publicitaire “tout le monde le fait, fais le donc” — inventée pour le réseau Télémédia dans les années 1970 — est beaucoup plus qu’un slogan. Elle va chercher la tendance innée chez l’être humain a vouloir faire partie d’une communauté. On ne peut pas en vouloir à ceux qui, comme l’Institut économique de Montréal encore aujourd’hui, misent sur cette tendance. Par contre, on peut s’interroger sur la couverture médiatique de tels sondages.
Que dit le sondage fait par Léger Marketing? Que les Québécois veulent un retour plus rapide à l’équilibre budgétaire et qu’ils sont prêts pour cela à sacrifier des services publics. Des contribuables lucides, titre le Journal de Québec.
Notez la subtilité de l’emploi du mot «lucides».
Dans son article traitant du sondage, la journaliste Annie Saint-Pierre reprend dans ses grandes lignes le communiqué de l’IEDM, citant même au passage vice-président de l’Institut, M. Jasmin Guénette.
En prime, le Journal reproduit plus loin un texte de Guénette.
Ça vaut combien cet espace, en terme de placement publicitaire?
Je vous entends marmonner qu’il s’agit d’une sordide manœuvre du Journal de Québec, en imputant le blâme à une alliance éhontée entre ce média et ceux qui défendent les idées de droite au Québec.
Je serais tenté de vous donner raison, sauf qu’on peut lire aujourd’hui sur le site de Radio-Canada une nouvelle basée sur les résultats d’un autre sondage Léger Marketing : Les parents veulent plus de services spécialisés dans les écoles.
Or, en fouillant un peu, on se rend compte que ce sondage a été commandité par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Encore là, la nouvelle se contente de reprendre les résultats du sondage. Pire, nulle part on y lit le nom du commanditaire.
Dans un cas comme dans l’autre, croyez-vous que ceux qui paient pour les sondages en auraient publié les résultats s’ils avaient été défavorables à leur cause?
Si au moins ces sondages étaient traités par les médias pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire un moyen de les appâter pour qu’ils relaient des messages.
Est-ce trop demander?