Soyez responsables, mesdames

Nul ne doute que madame Nathalie Elgrably-Levy est un être responsable. Nul doute là-dessus. Elle est aussi, sans aucun doute, une idéologue aguerrie. Son texte L’ennemi des femmes, dans lequel elle s’en prend au féminisme de la Fédération des femmes du Québec, est à conserver comme une pièce d’anthologie d’un courant idéologique qui va donner naissance, ces jours-ci, au Réseau Liberté-Québec (RLQ). Selon ce courant, l’État interventionniste déresponsabilise les individus. Faire appel à l’État pour obtenir l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est donc forcément faire des femmes qui en bénéficient des êtres irresponsables.

Au sens classique du terme, l’idéologie est une « pensée théorique qui croit se développer abstraitement sur ses propres données, mais qui est en réalité l’expression de faits sociaux, particulièrement de faits économiques, dont celui qui la construit n’a pas conscience, ou du moins dont il ne se rend pas compte qu’elle détermine sa pensée. » (Encyclopédie de l’Agora, Idéologie.)

Dans le cas de madame Elgrably-Levy, sa pensée se situe en droite ligne avec l’idéologie néolibérale. Idéologie dont l’objectif n’est pas tant d’offrir une théorie sur laquelle fonder des choix économiques rationnels que de soutenir un engagement politique.

Que dit cette idéologie? En gros, « qu’il n’y a toujours pas d’allocation optimum des ressources parce que nulle part, il n’y a de fonctionnement sans entrave de marché. » (Recensement : Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui).

À la limite, l’égalité entre des hommes et les femmes est affaire d’allocation optimum des ressources et il faudrait laisser le temps agir, dans un marché libre de toutes contraintes étatiques, pour qu’elle survienne.

Au passage, on confond rapports individuels et rapports sociaux. Dans cette famille idéologique, on fait la même chose d’ailleurs avec le budget de l’État que l’on confond allègrement avec le budget familial. Simplifier pour mieux attaquer.

Tout le monde sait que les gens qui se prennent en main ont plus de chance de s’en sortir. De là à postuler, comme le fait madame Elgrably-Levy, que l’intervention de l’État empêche ceux qui en bénéficient de se prendre en main, en inhibant leur désir de s’en sortir, il y a une énorme marge qu’elle n’hésite pas à franchir.

Le fait est que l’accumulation de richesse signifie forcément qu’il y a des gagnant-e-s et des perdant-e-s. La question est de savoir si l’État doit intervenir pour assurer une redistribution de la richesse.

Longtemps il ne l’a pas fait — et encore aujourd’hui dans trop de pays il ne le fait pas — et les sociétés étaient composées d’une minorité de très riches, d’une toute petite classe moyenne et d’une masse de gens pauvres.

Dans ce monde, les femmes étaient essentiellement au service des hommes.

Désormais, dans une idéologie qui ferait de chacune et chacun un être responsable, seul maître de son destin, les femmes comme les hommes seraient enfin des agents libres… de tirer leur épingle du jeu.

Les femmes s’en porteraient vraiment mieux ?

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Une réponse à Soyez responsables, mesdames

  1. Darwin dit :

    Pour madame Elgrably-Levy, pour être responsables, les femmes devraient viser l’autonomie complète et se comporter en véritables mulier oeconomicus ! Mais si, on leur demande d’être responsables, elles peuvent aussi le demander aux autres, non ?

    En conséquence, les femmes devraient cesser tout travail non rémunéré. Fini de donner le sein au petit tant qu’il ne la paie pas suffisamment pour qu’elle le fasse. Qu’il apprenne lui aussi à être responsable !

    Fini de faire à manger, fini de faire le ménage et fini de soigner ses proches tant que les autres n’auront pas pris leurs responsabilités et ne lui auront pas offert suffisamment d’argent pour qu’elle choisisse entre ses loisirs et ce travail (les économistes classiques définissaient le chômage et les néolibéraux le définisse encore comme un choix entre le loisir et le travail…).

    Bizarre, ce n’est pas comme ça que je vois la responsabilité…

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